Ecrit réflexif de Mme Rechimbeaud formation certifiante 2018-2019

3 avr 2019Témoignages

A l’heure où les spécialisations, voire l’hyper-spécialisation, envahissent et segmentent individus et environnement, La Gestion Mentale réconcilie et réunit toutes les « parcelles éparpillées » de chacun. 

En tant que « Spécialiste » du langage, à défaut de « remettre les sons droit », comme tout bon Orthophoniste se doit d’opérer, ou « d’éduquer la parole », comme le fait un Logopède, ou plus pompeusement « faire entreprendre une thérapie au langage », comme s’y emploie le Speech-therapist, j’envisage ma pratique professionnelle d’une façon plus enveloppante et certainement plus respectueuse de « qui est » la personne que j’accompagne, grâce à la Gestion Mentale. 

Bien qu’il me soit encore parfois difficile de quitter complètement ma « casquette de pure Orthophoniste » (25 ans de formatage peuvent montrer quelque résistance…), mon approche a radicalement changé, et mon regard aussi. Je « m’émerveille » de voir les enfants, les adolescents, marcher sur les pas de leurs découvertes cognitives. Finalement, la Gestion Mentale a ce quelque chose de magique, en ce sens qu’elle ouvre les portes de l’univers intérieur de chacun. Le « Sésame, ouvre-toi » se traduirait ici par un « Comment y penses-tu? », associé à d’autres formules magiques, permettant à chacun d’ouvrir les portes de sa Liberté d’Etre. La Technicité du thérapeute et sa folle course pour raccrocher un « trouble » à « une solution », voire à un remède, est bien distancée par l’élan humain que rend la Gestion Mentale, la parole, l’écoute et le regard qu’elle tend à chaque individu pour qu’il re-devienne Acteur de ses propres apprentissages.

Ce changement de regard entraîne très naturellement une tout autre relation avec les « patients » accueillis en séances. D’abord l’écoute, puis le discours et les échanges qui s’en suivent. Il est étonnant d’observer une sorte de « lâcher-prise » chez les enfants, petits et grands, et de les entendre parler d’eux-mêmes avec facilité et… plaisir…La surprise passée à l’écoute des questions posées, inhabituelles, l’appréhension des réponses, données ou à donner, envolée, ils entrent au coeur d’eux-mêmes et semblent se régaler à partager cette « intimité ». Si je reste encore très proche de « l’objet d’apprentissage », je me rapproche davantage des « Êtres » que sont mes patients; la relation duelle prend une « nouvelle dimension »!

Le questionnement de la place du thérapeute au sein de la « rééducation » (comme ce terme me semble inapproprié et pompeux maintenant…) m’invite d’abord à observer mon propre fonctionnement de pensée: où en suis-je, moi, de mes découvertes? Quelle est ma posture face à mes patients et quelle est la place que j’occupe pendant les séances? Le Colibri ne chante pas toujours très juste…je le vois parfois trop proche, trop présent (encore cette casquette d’orthophoniste! ou peut-être aussi un besoin d’explication…? hummm, encore des investigations à mener pour mieux me connaître!) Quels sont mes « projets, non-conscients et/ou conscients », dans ces interactions et interventions?

Les rouages de mon engrenage sont parfois un peu rouillés, sans doute par « souci » de l’autre justement…trop de questionnement peut aussi éloigner du naturel.

Mais il permet aussi une nouvelle implication dans l’accompagnement des patients. Le fameux « connais-toi, toi-même » invite également l’autre à s’observer de l’intérieur pour se rencontrer. Cette « diffusion » infuse alors chez l’autre une nouvelle implication dans la prise en charge. « L’engagement » devient actif et opérant, chez les enfants, petits et grands, (ceci est valable également pour les grands enfants sexagénaires!), et des changements s’observent dans leur attitude, leur comportement. Ils se « posent » sur leurs évoqués, devenant ainsi « attentifs » à leur monde intérieur et au monde extérieur. Ils osent les questions qu’ils taisaient jusqu’à lors, se libèrent d’une certaine retenue qui les ligotaient face à l’erreur éventuelle, s’autorisent et s’éveillent à plus de curiosité (les liens logiques font leur oeuvre…et se délient), acceptent davantage l’effort et notamment celui de mémoriser pour construire et alimenter de denrées utiles et plaisantes leur « baluchon de connaissances ». Chemin faisant, ils deviennent, ainsi, progressivement plus autonomes (le bonheur pour les parents!). Le plaisir est alors partagé car durant les séances, les « apprentissages » prennent tout leur sens: chacun apprend de ses propres découvertes et des interactions avec l’autre!

 

Les plus étonnés sont néanmoins les parents qui voient leurs enfants changer et prendre leur envol…cognitif! « Mais, qu’est-ce que vous lui avez fait? Il/elle revient avec des bonnes notes! Il/elle travaille tout le temps, on ne l’arrête plus! »

« Ah, mais alors, ce que je faisais avec lui/elle pour l’aider, ça ne va pas comme je faisais…! »

 

Quant aux « patients »,…leurs yeux et leurs sourires parlent pour eux! Certains entrent dans mon bureau et se mettent spontanément à évoquer la séance précédente, les dernières notions abordées, etc., ils se préparent… D’autres ont un enthousiasme vorace à reprendre ou poursuivre ce qui a été entamé … Les prises de conscience s’animent et les regards s’étirent…

 

Quels beaux horizons…

 

Pour tous ces jolis cadeaux, ….Merci à vous…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                     

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Auteur

  • On a pu dire de l'éducation qu'elle n'est ni un dressage ni un fruit de contraintes : éduquer c'est aider l'homme à s'éveiller à lui-même ; c'est sauver sa vocation d'homme ; en somme c'est lui permettre de s'éduquer lui-même.
    Antoine de La Garanderie
  • Il est évident que la conscience éducatrice, dans sa précipitation, ne pense qu’à présenter des conditions de perception et des modèles d’action. Elle oublie qu’elle a un rôle d’éveilleur de conscience, que la maturité de de l’être humain est principalement d’ordre éducationnel et pas fonctionnel
    Antoine de la Garanderie (colloque d’Angers 1990)
  • La peur est l'écran que l'homme met entre lui et sa liberté.
    Antoine de La Garanderie
  • L'évocation est une image mentale, visuelle, auditive ou verbale, par laquelle le sujet rend mentalement présent le monde qui l'entoure, la réalité qui est, ou celle qu'il invente.
    antoine de la garanderie
  • Permettre à l'élève de rencontrer ses pouvoirs de connaître afin qu'il vive un bonheur d'être
    Antoine de la Garanderie